L'Anthropo-Bio-Cosmologie : l'ABC des relations
Anthropologiques entre la Biologie humaine et le Cosmos

 
 

Rites d'hier et d'aujourd'hui : âge des rites de passage et planète

Les rites de passage sont décrits dans les sources ethnographiques restituées par Mircea Eliade (1959) et surtout Van Gennep (1981) qui souligne bien la distinction à faire entre la puberté physiologique et la puberté sociale dans les rites de passage (Ibid., pp.93-464).
Quant à nous, nous avons déjà vu les relations à établir entre les Pléiades, les planètes comme Vénus et les rites de circoncision (voir "Ethnoastronomie : l'arbre cosmique"). Nous nous intéresserons donc à ces derniers, puis nous évoquerons une hypothèse de corrélation entre rite de passage et hormone.
 
Les  rites de passage africains : la circoncision
 
Parmi les rites de passage, c’est la circoncision africaine qui est le mieux décrite dans la littérature ethnographique. Les groupes ethniques les plus importants dans cette pratique sont les Dogons, Malinkés, Sinikés, Bambaras, Kabiéys, Yorubas, Bozos, Pygmées équatoriaux, et les Mossis. La circoncision africaine traditionnelle est un rite d'initiation complexe qui a lieu à la pré-puberté. Dans certaines ethnies, elle est pratiquée sur des enfants déjà pubères. Compte tenu de l'âge choisi, très vite, les observateurs l'ont assimilée à un rite de passage, selon l'expression consacrée de Van Gennep, passage d'un âge indistinct à celui de l'homme adulte, autant corporellement que psychologiquement. Aussi, considère-t-on la circoncision comme le meilleur gage de maturité de l'enfant impubère. Selon Makel Chebel (2006, pp.74-75), elle procède d'un cérémonial fixe, à peu près équivalent pour l'ensemble de l'Afrique animiste, à savoir :
1. Une réclusion de l'adepte en un lieu choisi par le circonciseur dans la forêt et tenu secret, notamment pour les femmes et pour les enfants incirconcis, lesquels sont « impurs » et « dangereux ». L'enfant qui naît circoncis est soumis aux mêmes prescriptions concernant la retraite et les épreuves qui l'accompagnent.
2. L'ablation du prépuce selon les modalités locales, que cette ablation soit violente ou pas.
3. Écoulement de sang - au symbolisme équivoque, mais qui pourrait être celui de la mort de l'enfance -, soit dans le trou creusé à cet effet au milieu de la clairière, soit recueilli par le chaman dans un récipient en vue d'honorer d'autres promesses, accomplir d'autres rites.
4. L'application de soins postopératoires à base de plantes cueillies sur place. Des cataplasmes sont renouvelés régulièrement jusqu'à guérison de l'impétrant.
5. Des épreuves d'endurance collectives ou individuelles, précèdent ou succèdent à l'opération proprement dite. C'est à ce titre que la circoncision est doublement une initiation, d'abord accueillir l'adolescent dans son sexe, pour ensuite l'emmener, avec sa classe d'âge, à la responsabilité adulte. Ce caractère est renforcé par des épreuves d'endurance que doivent surmonter les incirconcis avant d'arriver au stade ultime de l'intégration classique. La circoncision s’avère ainsi une véritable école de courage.
6.Un apprentissage des codes masculins. Chez les Samba-Sambas du Congo, il arrive que l'homme adulte, avant d'être reçu parmi les notables du village, doive passer par la circoncision. Il s'agit là, d'une circoncision « politique » semblable à celle des petits Ottomans.
7. Parfois l'adoption d'un nouveau nom (renaissance) préfigure les nouvelles tâches que le circoncis se verra confier immédiatement après. Vie, mort, renaissance : voilà les trois étapes que l'enfant noir doit symboliquement traverser pour arriver à l'assomption d'une vie adulte accomplie et trouver femme dans son village. Si, lors d'une phase préparatoire ou pendant l'opération, l'enfant faiblit et défaille en pleurant, il devient la risée de tout le village, déshonore son clan et risque de ne jamais trouver une femme à épouser.
8. Elle s'intègre dans une classe d'âge ou une promotion. Dans certains cas, la circoncision est décidée, périodiquement, une fois tous les quatorze-seize ans, ce qui donne lieu à une fête grandiose nourrie par la mythologie de la confédération des tribus qui y participent.
9. La fin de la retraite des circoncis se traduit par l'acceptation de charges nouvelles, dont celle du mariage quisuit de peu l'opération.
10. La circoncision est une pratique d'intégration au clan, car, plus que les autres séquences du rituel d'initiation, elle est le véritable symbole du masculin : à partir de sa circoncision, le jeune homme est inclus dans la catégorie des adultes et acquiert les avantages dus à son rang.
Il y a un lien très étroit entre circoncision et fertilité. Comme nous l’avons déjà évoqué, dans le mythe dogon le désordre cosmique est la cause originelle de la circoncision. En conséquence, les hommes doivent être circoncis et les femmes excisées, pour déterminer leur sexe respectif qui, sans cet acte, reste dans l’androgynie. Psychanalytiquement, la circoncision exprime un désir inconscient de fécondité des mâles. Mais, il existe une relation directe entre circoncision et fécondité sur le plan mythologique. « Le mythe a pour fonction d'articuler un rite collectif donné sur la représentation du monde que s'en fait une société, une tribu, un clan. La circoncision y est principalement interrogée du point de vue de l'artifice qui consiste à libérer la verge des téguments qui freinent son action, dans la mesure où la pensée animiste réagit souvent de manière causaliste (…) L'élément constant de toutes ces pratiques reste la fécondité de l'épouse, la fertilité de l'union et la puissance du mari » (Ibid, p.104-105).
En ce qui nous concerne, nous nous intéresserons à l’âge de la circoncision. Pour les ethnologues, la circoncision ratifie l’entrée de l’adolescent dans la vie adulte, mais qu’en est-il vraiment. Actuellement dans les pays arabes, on assiste à un abaissement de l’âge de la circoncision, surtout dans les zones urbaines, qui varie entre 5 et 10 ans.
·         Maroc : entre 2 et 4 ans (Mogador), 5 et 10 ans (Rehhamas)
·         Arabie (Mecque) : entre 3 et 7 ans
·         Egypte : entre 5 et 6 ans
·         Algérie : entre 5 et 6 ans (Alger : 6 ans)
·         Petite Kabylie (cap Aokas) : entre 6 et 12 ans
·         Ethiopie musulmane : entre 3 et 7 ans
En Afrique, en dépit de l’abaissement actuel de l’âge de la circoncision, elle était anciennement située à la préadolescence, entre 11 et 13 ans. En Guinée, les adolescents sont circoncis entre 12 et 16 ans (Ibid, p.69) et dans la Bible, Ismaël, l’ancêtre des Arabes, a été circoncis à 13 ans. On peut donc admettre que la circoncision avait réellement lieu à la puberté.
 
 
Âge des rites de passage et période planétaire
 
Les horloges biologiques, régies par le fonctionnement hormonal des Hommes, rythment les grandes étapes de nos vies. Sur le plan culturel, les différentes sociétés célèbrent ces marqueurs biologiques par des cérémonies et des rituels à la puberté, à l’âge adulte, lors des mariages et à la mort. Certes, toutes les cultures ne fixent pas les périodes capitales de l’existence, que sont la puberté, l’adolescence et l’âge adulte, sur les mêmes tranches d’âge. C’est l’environnement socioculturel qui détermine, par exemple, l’entrée des jeunes dans l’âge adulte. Cependant, il est intéressant de relever, dans des cultures très différentes, l’existence de coutumes aux mêmes tranches d’âge en dépit des différences de rite (voir tableau synoptique). Ces points communs traduisent l’expression de l’imaginaire collectif en relation aux mutations hormonales de l’Homme et aux périodes planétaires.
 
 
Tableau synoptique des rites de passage

Ages >
De 7 à 9 ans
A partir de 10 ans
A partir de 13 ans
15 ans
A partir de 16 ans
De 20 à 30 ans
Occident
 
< enfance >
<    puberté    >
 
 
 
 
adulte
pré-adolescence
<            adolescence
Société première (Océanie, Australie, Afrique)
 
Tatouage, scarification, hallucinogène
Garçon : circoncision, épreuve, mort initiatique, régression, hermaphrodisme.
Fille : excision, réclusion, rite de fertilité
 
Amérin-dienne
 
« Quête de vision » par isolement et jeûne ou prise d’enthéogène, hallucinogène
Maghreb
Circoncision
(moderne)
 
Circoncision, excision, mariage des filles
 
D’Afrique noire
 
Excision (actuellement sur des filles de plus en plus jeunes)
Circoncision, excision, mariage des filles
 
Catholique
Communion catéchisme
 
Profession de foi
mariage
 
Juive
 
 
Communion (garçon à 13 ans et filles à 14 ans), mariage
mariage
 
Antique (Grèce, Rome)
 
 
Mariage des filles (12 ans à Rome, 14 ans en Grèce)
16 ans : 1er adolescence (éphèbe) grecque
18 ans : 2nd adolescence (éphèbe) grec
Mariage des hommes entre 20 et 30 ans
pédérastisme (éromène) grec
Musulmane
Initiation à la prière
Fille adolescente
Initiation au Ramadan, mariage des filles
16 ans : garçon adolescent
18 ans : mariage des garçons
 
Asiatiques
Cordon brahmanique (Upanayan-am) hindou : naissance spirituelle
 
Nouveaux vêtements du samouraï japonais (Genpuku)
Mariage des femmes chinoises avant 17 ans
adulte chinois et japonais (Seijin shiki) à 20 ans
Nouveaux vêtements des pubères chinois (Punis)

(Sources : Mircea Eliade, 1959 ; Van Gennep, 1981 et Wikipédia)
 
Des rites très différents marquent l’âge de Vénus (de 7 à 8 ans) : communion pour les catholiques, initiation à la prière musulmane, naissance spirituelle hindoue. La communion juive ayant lieu à l’adolescence, on ne peut avancer que la tranche d’âge vénusienne est l’apanage des rites spirituels. Cependant, le pic de mélatonine de cette tranche d’âge est probablement significatif, il permettrait une meilleur adaptation au rythme jour/nuit et une plus grande adhésion sociale.
Psychologiquement parlant l’enfant de 7-8 ans est sensible à la mort et c’est à cet âge qu’il acquière les premières notions de temps. Il ne perçoit cependant pas la mort comme une fatalité, mais lui prête des vertus spirituelles, comme la renaissance (hindou) ou le Paradis (musulman et chrétiens). Les jeunes occidentaux croient au Père Noël, aux contes de fée et au prince charmant qui redonne la vie à la belle princesse. On enterre les petits oiseaux trouvés morts pour qu’ils rejoignent le ciel, on multiplie les actions et rites de remédiation au problème de la mort, on évoque une après-vie, on tente de communiquer avec Dieu, les dieux ou les esprits.
Nous verrons dans notre article "taux hormonaux et période planétaire", que cette période correspond à la Lune, Vénus et Mercure.
Les mots-clés de cette période (Lune, Mercure et Vénus) pourraient être : intégration socioculturelle, adoption des rites religieux.
Les rites de puberté correspondent aux périodes de Jupiter, Mars et Saturne (1er hémicycle). Pour la plupart, ces rites tendent à marquer la distinction des sexes, alors que les sécrétions hormonales d’œstrogène et de testostérone plafonnent et que la sécrétion de la DHEA augmente. Dans les sociétés premières, l’excision et la circoncision sont des rites servant à cette distinction. Chez les asiatiques, les pubères et les adolescents reçoivent de nouveaux vêtements pour marquer cette distinction des sexes. Une remarque d’exception s’impose : peu d’autres rites de distinction ont lieu à d’autres âges dans d’autres cultures.
Concernant les rites de l’adolescence post-pubère, qui correpondent à ’augmentation du taux relatif de la DHEA de 16 à 19 ans, correspondant au cycle soli-lunaire de Méton) renforce la libido et l’épanouissement physique des adolescents, ce qui peut favoriser la maturité corporelle, le mariage ou l’initiation sexuelle, comme la pédérastie des Grecs (éromène). Ces rites sont ceux du mariage dans la tradition juive et catholique, de l’adolescence des garçons et de leur mariage chez les musulmans et, enfin, des éphèbes grecs. Les filles, dans la tradition chinoise, se mariaient aussi avant 17 ans, mais le mariage n’est pas l’apanage de cette tranche d’âge puisque dans l’Antiquité les filles se mariaient à l’âge de la puberté et les hommes à l’âge adulte. Ce n’est pas non plus celui de l’adolescence, puisqu’on trouve d’autres rites de l’adolescence avant cette tranche d’âge.
Lors de la tranche d’âge de 20 à 30 ans, les sécrétions des hormones sexuelles plafonnent toujours à leur taux maximum et la DHEA atteint son pic de sécrétion à 20 ans pour décroître très progressivement. De 20 à 30 ans, Saturne finit sa période de révolution. C’est l’âge de la vie adulte en Occident (entre 18 et 21 ans, selon les cultures) et en Asie (Chine et Japon). C’était l’âge du mariage des hommes adultes dans l’Antiquité.
C’est un passage décisif, conséquent de la première maturation acquise par les rites de passage. Le mariage traditionnel est fait pour durer et c’est comme une seconde mise à l’épreuve de la nouvelle l’assurance fraîchement acquise. Les taux d’hormones encore élevés permettront au nouveau couple de procréer et d’entrer dans le cycle générationnel de leur famille.
Les mots-clés de  Mars, Jupiter et Saturne pourraient être : seconde vie, projet, ambition, insertion dans la hiérarchie familiale et sociale.
Dans les cultures premières, l’individu d’âge mûr vivait un peu plus en retrait de la communauté, mais il pouvait être consulté pour ses visions, ses rêves, son intersession avec les esprits. Ses épreuves passées lui permettaient d’être écouté. Aujourd’hui, nous allons consulter un psychologue ou un psychiatre, on nous allons à la messe ou à la mosquée. Le prêtre, ou le psy a remplacé le chamane. Les problèmes exposés ont aussi changé : hier on évoquait les esprits, aujourd’hui on parle de crise de la ménopause, de la cinquantaine et de l’andropause.
 
Conclusion
 
Bien que les rites de passages des différentes cultures ne reflètent pas les significations symboliques des planètes nées d’un imaginaire collectif, parce que chaque société adoptant des coutumes propres à leur culture, les tranches d’âges au cours desquelles ont lieu ces rites correspondent approximativement aux âges des sécrétions hormonales (surtout au cours de l’enfance et de l’adolescence), dont le taux relatif varie avec l’âge (mélatonine, œstrogène, testostérone et DHEA), et à ceux des périodes géocentriques des planètes.
 
 



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