L'Anthropo-Bio-Cosmologie : l'ABC des relations
Anthropologiques entre la Biologie humaine et le Cosmos

 
 
Tripartisme planétaire : idéologie ou réalité astronomique ?
 
La tripartition des sociétés a fait couler beaucoup d’encre, dans le cadre des recherches sur les sociétés indo-européennes comme dans les autres, mais nous verrons ici que cette « idéologie » a gagné du terrain jusque dans les représentations tripartites de l’astrologie.Nous aborderons donc la question de savoir si le tripartisme planétaire, bien réel dans les théories astrologiques, est une idéologie ou une réalité astronomique.Pour cela, nous évoquerons le trifonctionnalisme de Georges Dumézil, mais nous verrons aussi que le tripartisme n'est pas l'apanage de la mythologie indo-européenne. Puis, nous évoquerons les triades et les doubles aspects planétaires dans les autres cultures astronomiques
 
 
La trifonctionnalité : une spécificité des Indo-Européens ?
 
Gilbert Durand avait déjà évoqué la similitude de ses structures anthropologiques de l’imaginaire avec le trifonctionnalisme indo-européen, mais uniquement pour le régime diurne auquel il accord volontiers une tripartition. Nous verrons dans les prochaines rubriques que le régime diurne correspond aux trois planètes supérieures, Mars, Jupiter et Saturne. Mais, surtout nous aimerions montrer ici que, d’une part, la tripartition des sociétés et des mythes astronomiques n’est pas le seul fruit d’une influence indo-européenne et que, d’autre part, il existe de nombreuses autres cultures dont la société est régie par une stratification tripartite. Pour ne prendre qu’un exemple, la Polynésie (plus particulièrement dans les îles de la Société) connaissait une société tripartite, avec la composition sociétale suivante :
1.      les ari’i (chef, autorité en matière de rahui ou tabous) – tahua (prêtre)
2.      les ra’atira (propriétaires terriens, intermédiaires entre le chef et le peuple)
3.      les manahune (serviteurs, prisonniers, pêcheurs, agriculteurs)
Certaines couleurs sont associées, notamment en Inde, à la trifonctionnalité des sociétés indo-européennes. Dans ces sociétés tripartites, les couleurs jouaient un rôle important dans la symbolique de l’imagerie céleste. Par exemple, chez les Celtes, d’origine indo-européenne, il existe une relation étroite entre couleur et régime de l’image astronomique. Le rouge est associé au crépuscule, le blanc au ciel diurne et le noir au ciel nocturne (Jouët, 2007, p.33) et elles correspondent aux trois fonctions : sacerdotale (blanc), guerrière (rouge) et agraire (bleu/noir). Ces trois couleurs étaient aussi primordiales en Polynésie, qui n’a rien d’indo-européen, mais dans le cas polynésien le rouge et le blanc sont deux couleurs associées à la classe dominantes des chefs et des prêtres. Une autre trifonctionnalité chromatique est présente en Afrique du Nord-Ouest (Pâques, 1995), au sein de sociétés qui n’ont donc pas d’origine indo-européenne.
Quel est donc le propre du trifonctionnalisme indo-européen ? Selon Georges Dumézil (Dumézil, 1992, pp.155-194), il s’agit de la concomitance entre les trois fonctions socio-religieuses et des trois attributions divines, dans un cadre plus restrictive de fonction et de divinité possédant un double aspect (Dubuisson, 2010). Il peut s’agir d’un double aspect de chacune de ces divinités-fonctions, sinon d’un double aspect de la seule première fonction, comme dans les cas de la religion et de l’histoire romaines (voir tableau ci-joint).
 
Les deux aspects des divinités trifonctionnelles des mythes indo-européens et japonais
(Dubuisson, 2010, p.25)
 tableau tripartite indo-européen

 
Remarquons que le même phénomène de double se retrouve dans l'aire américaine, chez les Aztèques en particulier où le Soleil est empreint de dualité, Uitzilopochti (Soleil de midi) dieu de la guerre, qui s'oppose à Tezcatlipoca (Grande Ourse, dieu des forces obscures et du ciel nocturne comparé à la robe du jaguar), figure sur le grand temple de Tenochtitlan au côté de Tlaloc, autre dieu céleste à la fois dieu de la pluie fertilisante, du tonnerre, de la montagne. Il existe aussi un dieu double, Ometéotl, semblable au Janus romain à la fois principe féminin et masculin. Enfin le double aspect du Soleil renaissant, à la fois diurne et nocturne, semble également attesté tant en Amérique chez les Aztèques qu'en Egypte.
Il faut aussi souligner que certaines sociétés non indo-européennes, comme celles du Japon (voir tableau), possèdent ces mêmes caractéristiques plus « restrictives » de double aspect des divinités trifonctionnelles. Cette particularité japonaise a soulevé bien des questions, de sorte que le consens scientifique semble laisser la question en suspens.
Pour tenter d’y répondre, nous proposons ici quelques pistes déjà évoquées par certains historiens des mondes anciens et par les spécialistes des mondes indo-européens tant linguistes qu’archéologues. Pour résumer la polémique sur l’origine des langues et du foyer indo-européens, deux thèses s’opposent entre les chercheurs convaincus d’une origine anatolienne (concomitante à l’éclosion de l’agriculture), dont Colin Renfrew est le plus célèbre des représentants (Renfrew, 2010), et ceux qui valorisent une origine des langues indo-européennes  venue des steppes, dont James Mallory (Mallory, 1997 et 2010) à qui l’archéologie semble donner raison (Kristiansen, 2010). Reste à comprendre comment ce foyer des steppes pourrait avoir eu une incidence sur la mythologie trifonctionnelle du Japon. Les professeur Obayashi et Yoshida « ont insisté sur l’importance de l’apport des peuples scythes de la steppe, grands vecteurs de formes imaginaires d’un bout à l’autre de l’Eurasie. Ces apports sont particulièrement nombreux en Corée, où des vestiges impressionnants de trifonctionnalité ont été justement signalés », nous dit  Pierre Lévêque (Lévêque, 1988, p.94), un des plus grands spécialistes des mondes anciens, qui ne suit pas pour autant la piste ouverte par les chercheurs japonais. En effet, Pierre Lévêque évoque plutôt une influence, non indo-européenne, de l’Asie océane, voire de la Polynésie (Ibid., pp.79-87).
Les Polynésiens, qui étaient de grands astronomes, auraient-ils conservé dans leurs traditions le témoignage d’une certaine forme de tripartisme ?On retrouve, en effet, à Hawai’i (archipel polynésien, devenu un état américain), l’association de ces trois couleurs à une certaine forme de tripartition des dieux (Valeri, 1985, pp.14-18). Par exemple, le jaune clair (lea) est associé à Täne, le dieu de la lumière solaire et des tabous justifiant l’autorité suprême des chefs, le blanc proprement dit étant associé à Wakea (Atea à Tahiti), le dieu de l’empyrée et du Soleil de Midi, alors que le rouge est associé à Ku (Tu à Tahiti), le dieu artisan des « piliers » entre le Ciel et la Terre, et le noir associé à Lono-Rongo dieu de l’agriculture et de la Lune. Les trois couleurs trifonctionnelles régissent donc bien un ordre tant social que cosmologique. De plus, la première fonction semble bipolaire entre Kane, dieu de la lumière associé au tropique du Cancer (Hawai’i se situe dans l’hémisphère nord), et Kanaloa, dieu des ténèbres associé au tropique du Capricorne), des dieux dont la bipolarité solaire existe comme il en est souvent le cas dans les sociétés indo-européennes.
La question sur la particularité japonaise ouvre sur d’autres particularismes, à connotation « indo-européenne », plus qu’elle n’explique une quelconque influence historique ou culturelle du foyer des steppes. Nous pourrions donc en conclure que le tripartisme bipolaire des Indo-européens est plus répandu qu’il n’y paraît ou que, en fin de compte, le tripartisme bipolaire n’est peut-être pas … une spécificité indo-européenne !
 
Astrologie et représentation planétaire tripartite
 
Loin de nous l’idée de vouloir mettre la vision tripartite de l’astrologie à charge d’une idéologie indo-européenne et encore moins « arianisante ». Nous souhaiterions, plus simplement ici, démontrer l’influence historique des modèles trifonctionnels, qui n’a fait que renforcer la tendance probablement inconsciente des astrologues les plus modernes à concevoir des modèles tripartites. Cette constatation historique n’empêche pas de donner raison à la « fée » de l’inconscient collectif qui a guidé les astrologues, ignorant tout du tripartisme des autres cultures astronomiques. En effet, ce tripartisme ne se limite pas à Mars, Jupiter et Saturne, mais, dans la triade pré-capitoline de Rome, s'étend à la Lune (Ops) et à Vénus pour la fonction laborieuse et fécondante (Dumézil, 1992, pp. 106-108 et p.138), alors que Mercure personnifie la fonction commerçante et/ou savante de de nombreuses cultures. Cette propension des astrologues modernes à vouloir généraliser le tripartisme de leurs représentations planétaires est à la clef du système de représentation planétaire (dit R.E.T.) de l’école des conditionalistes.
RET 
< Représentation triple fois tripartite des planètes dans le système conditionaliste (Pellard, 1987, p.55)
 
Dans notre étude sur la nomenclature des différentes cultures astronomiques du monde entier, la trifonctionnalité des planètes apparaît, en terme de % des toutes les occurrences attribuées aux noms des personnifications des planètes, en prêtant à Jupiter la fonction souveraine (7% de la totalité des occurences dans les différents cultures), à Mars la fonction militaire (même pourcentage) et à Saturne pour la fonction agraire (4,25% dans les différents cultures). Pour les autres catégories socioprofessionnelles, les qualités esthétique prêtées en Occident à Vénus sont assez faibles (moins de 2%), en revanche Mercure obtient des résultats proches de cette tradition (8,4% par cumul des fonctions de commerçant et de savant).
 

Voyons maintenant le rôle du tripartisme dans l’histoire de l’astrologie, afin de comprendre pourquoi les astrologues occidentaux prêtent autant d’importance à ces fonctions tripartites. Anna Caiozzo, dans sa thèse soutenue à Paris-Sorbonne (Caiozzo, 2003), a démontré l’influence du tripartisme fonctionnel dans les représentations des manuscrits du Proche-Orient musulman, qui dès le Moyen Âge influença l’astrologie occidentale.

Mars 4 brasL’influence indienne est patente dans la représentation arabe du XIIIe siècle.
Mars en inde, deuxième fils de Shiva et de Pârvatî, est le dieu de la guerre et de la caste des Kshatriya (ordre militaire). De couleur rouge, portant des vêtements rouges et une couronne, il a quatre bras. Ses mains supérieures tiennent à droite une pique, à gauche une massue.
 
< La planète Mars du Daqä’iq al-haqä’iq (Paris, B.n.F., Ms. Pers. 174)
 
Sur l’illustration ci-jointe du Daqä’iq al-haqä’iq (1272), il est aisé de retrouver les éléments indo-européens. L’animal figurant à côté de Mars est un lion, en écho aux anciennes représentations des héros tueurs d’animaux sauvages (Héraclès en Grèce ou Nergal, c’est-à-dire Mars, en Mésopotamie). Il tient aussi une tête coupée, à l’instar de Persée dont la tête coupée de la Méduse-Gorgone deviendra l’emblème martien par excellence.








jupiter 4brasJupiter (Brihaspati), en Inde, est de caste Brahmane (classe sacerdotale). Doté de deux, parfois de quatre bras, on le montre tenant en mains un livre et un rosaire. Brihaspati est de couleur dorée et il est vêtu de jaune. Nommé aussi Angiras, l’Enflammé dans la mythologie, Brihaspati est lui-même père d’Agni (une des manifestations de la puissance de l’éclair).
 
< La planète Jupiter du Daqä’iq al-haqä’iq (Paris, B.n.F., Ms. Pers. 174)
 
Pratiquement tous les éléments indiens sont repérables sur les représentations musulmanes, comme ci-jointe, datant pareillement du XIIIe siècle.
 



 






Saturne 4 bras< La planète Saturne du Daqä’iq al-haqä’iq (Paris, B.n.F., Ms. Pers. 174)
 
Saturne (Shani), en Inde, est le fils de Sûrya et de Chhaya (l’Ombre); il est de caste Sudra (caste inférieure assimilables aux "serfs" à la fonction agraire). Cette divinité est représentée tenant un trident, un arc et une lance. Son corps est noir et ses vêtements noirs ou bleus. Shani est très craint pour ses influences néfastes et par conséquent de nombreux cultes l'honorent.
Dans la représentation médiévale, ci-jointe, les 5 bras de Saturne ne font pas de doute sur son origine.
Il est donc clair que les dieux planétaires de l’hindouisme et leurs appartenances respectives aux castes indiennes ont influencé l’astrologie musulmanes, jusqu’à certains détails chromatiques sur les dieux planétaires hindouistes qui se retrouvent dans les couleurs des planètes représentées au Moyen Âge.


Ainsi, le personnage de Saturne apparaît avec la peau noire et celui de Mars est vêtu de rouge.







 




décan de la viergeLe deuxième décan de la Vierge, en haut, illustré par 3 planètes, en bas, dans l’ordre de gauche à droite : Jupiter, Saturne de peau noire et Mars vêtu de rouge (Caiozzo, 2003, planche VIII)
 
L’astrologie dont avait hérité l’Occident avait cependant été aussi véhiculée par la Grèce et Rome dont la mythologie tripartite ne fait pas de doute. Concernant la mythologie hellénistique, la tripartition des dieux-frères, Zeus, Poséidon et Hadès est connue de tous. On peut lui ajouter l’opposition du dieu du Ciel, Ouranos, à l’inventeur de l’agriculture, Kronos. Cependant, c’est surtout par l’intermédiaire de Rome que la trifonctionnalité astrologique pouvait bénéficier de la tripartition pré-capitoline : Jupiter, Mars et Quirinis. Au sujet de la troisième fonction, Quirinus était communément associé à Consus (dieu de la fertilité) ou à Ops (personnification de la Lune), puis à Flora (déesse des fleurs et du printemps) et, enfin, plus tard à Vénus (Dumézil, 1992, pp. 106-108 et p.138).






Ceci dit, un courant purement occidental, convergeait déjà vers une tripartition médiévale : les « Trois Ordres » de la société féodale. Ainsi, l’idéologique théologique du Moyen Âge donnait à « celui qui prie » la fonction sacerdotale de Jupiter, à « celui qui combat » la fonction militaire de Mars et à « celui qui travaille » la fonction agraire de Saturne. Les représentations astrologique de cette idéologie ont été diverses et certaines permutations pouvaient avoir lieu. La dernière fonction pouvait être reléguée à Vénus, tandis que Saturne devenait l’apanage du roi. L’attribution à Vénus n’était alors pas loin de la troisième fonction capitoline qui, comme nous venons de le dire, était originellement attribué Quirinus, puis à Flora et à Vénus.
Cette représentation particulière est évidente dans la mise en représentation sociétale des « maîtrises planétaires » (c’est-à-dire les planètes attribuées aux signes zodiacaux), dans l’illustration de la  Propriétés des choses de Barthélémy l’Anglais où Vénus (sur la quatrième « maîtrise planétaire » en partant du haut) apparaît dans sa nudité en évoquant les attributs la « fécondité » de la troisième fonction.
 











zodiaque l`anglais< Les trois fonctions de la société féodales et les maîtrises planétaires (Barthélémy l’Anglais, folio 169, in De proprietatibus rerum, Bibliothèque Nationale de Paris, manuscrit français 9140, XVème siècle.)
 
En haut, on trouve le roi qui tient la faucile de Saturne trônant au-dessus de ceux qui prient (symbolisés par la planète Jupiter), eux-mêmes siègeant au-dessus de ceux qui combattent (symbolisés par la planète Mars) et ceux qui travaillent et fécondent (symbolisés par Vénus). La langue des astres était alors celle des sociétés humaines et des hiérarchies sociales, voire des corporations reflétées dans les attributs planétaires. Mais surtout, les modèles médivaux de la tripartition sociétale, pour indo-européens qu’ils soient, attribuaient aux puissants la référence astrale autrefois réservée à l’apanage des augustes empereurs de Rome, montrant la souveraineté avec les attributs de l’âge d’or de Saturne.
Ainsi, la  Propriétés des choses de Barthélémy l’Anglais est une belle illustration du rôle de l’idéologie tripartite des « Trois Ordres » médiévaux et de l’épopée de la chevalerie dans la symbolique astrologique du XVe siècle.
 








 
Triade et double aspect planétaire dans les autres cultures astronomiques


Dans les  cultures astronomiques autres que celles influencées par le trifonctionalisme indo-européen, on retrouve des triades et des doubles aspects planétaires.
Vénus Egypte 1Il existait de nombreuses déesses aztèques liées à la lune et une ancienne dualité semble apparaître entre les dieux du feu (soleil) et de la terre (lune). La Lune est aussi symbole double de mort et de renaissance. Vénus (ueycitlalin ou « grande étoile ») était sous l’égide de Xolotl, dieu double de l’est et de l’ouest, des épis de maïs double et des jumeaux. On trouve aussi un dieu et une déesse de la dualité connus sous les épithètes d’ « étoile brillante » ou de « celle qui a une jupe d’étoiles » qui rappellent le dieu vénusien double Xolotl. Toujours chez les Aztèques, Tezcatlipoca était le dieu de l’étoile du matin (Vénus), Quetzalcoatl, le « Serpent-Oiseau », était le dieu de l'étoile du soir (autre aspect de Vénus). Tlauizcalpantecutli (ou Mictantecutli dieu de la mort), autre émanation de l’étoile du matin, était représenté par un archer aux flèches brûlantes présidant au sacrifice sanglant. Autrement appelé Xiuhtecutli, il symbolisait l’éclat du feu et de la turquoise. Vénus était donc associée au soleil sacrifié (ouest) et renaissant (est), la planète (Vénus) et ces deux aspects (matin/soir) formant une triade sous l’égide de Xolotl, Tlauizcalpantecutli et Quetzalcoatl (Sousterelle, 1997, p.108).
Toujours chez les Aztèques, le jumeau ou frère de Quetzalcoatl, Xolotl, souvent interprété comme l'Etoile du Soir, représente aussi la planète Mercure, Vénus et Mercure constituant des  jumeaux célestes (Milbrath, 2013, p.73).
On trouve auss chez les Mayas, une triade des trois planètes supérieures. A Palenque, les textes des monuments mayas témoignent d’une triade composée des trois planètes associées à la cosmographie : Mars pour l’ouest, Jupiter pour le milieu du ciel du ciel et Saturne pour l’est (Aveni, pp.60-68, 1992).
Cette triade se retrouve en Egypte où Mars, Jupiter et Saturne prennent les trois aspects du dieu Horus.
Presque dans toutes les différentes cultures astronomiques, Vénus à un aspect double, en tant qu'"étoile du matin" et "étoile du soir", comme c'est le cas en Egypte antique où Vénus était personnifiée par un être bicéphale, donc double (Shumann, Rossini, 2007 , pp. 85-88).
 
< anthropormorphimisation de Vénus bicéphale, en Egypte (Schumann, Rossini, 2007, p.85)

En Chine, les trois planètes supérieures sont yang ( numérologiquement associé au chiffre 3), comme le Soleil, alors que la Lune, Mercure et Vénus sont yin (numérologiquement associé au chiffre 2). Mais la Lune était aussi le principe du yin et du yang dans son intégralité, les deux animaux symboliques représentés sur la Lune chinoise correspondant chacun à un principe : le crapaud pour le yang et le lièvre pour le yin, la Lune avait donc, en Chine un aspect double (Soymié, pp.295-298). Soulignons qu'en Chine, dans la "divination par les cinq planètes", daté du IIeme siècle av. J.-C., Mars apparaît comme la planète de la geurre, Saturne celle de l'agriculture et qu'un culte était rendu à la planète Jupiter (Steens, 1983, pp.78-80).

triade MésopotamieEn Mésopotamie, on déclinait une triade planétaire avec le Soleil (Utu/Shamash), la Lune (Sîne) et Vénus (Istar/Inanna).

<  Le roi Melishipak (entre 1186 et 1172 avant J.-C.) présente sa fille à Shamash, le Soleil, représenté à droite, à côté de Sin et Nanna/Ishtar, les trois divinités formant une triade (source : wikipédia)

 
En Grèce c'est une triade lunaire qui était personnifiée par : Artémis, symbolysant le croissant lunaire et le cycle de mort et de renaissance ; Hécate, symbolysant la '"lune noire" et la mort ; et Sélénée. symbolisant la renaissance.
 
Pour revenir sur les cultures astronomiques mésoaméricaines, d’après John Carlson (Carlson, 1993), archéoastronome américain, Vénus aurait un aspect guerrier et un autre aspect en rapport à la fertilité. En effet, chez les Mayas comme chez les Aztèques, « Vénus dans ses diverses manifestations apparaît comme un dieu agressif de la guerre, nécessitant des sacrifices humains et donnant l’occasion de faire des pronostics » (Ibid., p. 202). Mais, la planète Vénus était aussi liée au maïs et à la fertilité agraire. Ainsi, « Vénus fut regardée comme la nourricière de la pluie et du maïs, très tôt en Mésoamérique, à travers l’association mystique de ce dieu de la guerre et des sacrifices avec la transformation de sacrifice sanglant en eau et en fertilité » (Ibid., p. 243).
 


Conclusion
 
Nous pouvons donc en conclure que les astrologues d’influence indo-européenne ont établie une tradition trifonctionnaliste avec Mars, Jupiter, Saturne ou Vénus. Mais qu'il existe d’autres cultures astronomiques, non indo-européennes, qui déclinaient également par trois, sous forme de triades, les mêmes planètes et constituèrent des triades ou des aspects triples ou double avec la Lune, Vénus et Mercure. 
.
Ces triades et doubles aspects planétaires ne sont pas sans nous rappeler le résultats de nos recherches sur l'imaginaires des planètes dans les différentes cultures astronomiques que nous pouvons synthétiser sous la forme du tableau suivant.

 
  Régimes de l’imaginaire
sous-régimes Diurne (Soleil) Mixte (Lune) sous-régimes
structuraux « distingue » « relier » supra- et infra-monde
  triade triple ou double aspect  
fonction sacerdotale
(diurne)
Jupiter Vénus supramonde
(diurne)
fonction militaire
 
Mars Lune, Mercure intermédiaire
(mixte)
Fonction agraire
(nocturne)
Saturne Mercure, Lune inframonde
(nocturne)

 



Créer un site
Créer un site